1. Participation, représentation, démocratie
Responsables : Nicolas Bué, Laurence Morel, Juliette Ruaud
Cette première thématique vise à impulser et regrouper des projets de recherche qui s’intéressent à la trajectoire de la démocratie dans le monde et aux dynamiques internes des démocraties libérales, en se plaçant au triple niveau des institutions, de la représentation des intérêts sociaux et du rapport au politique des citoyen·nes.
Critiques de la représentation et innovations démocratiques
Les démocraties dites consolidées connaissent aujourd’hui une désaffection citoyenne, exprimée à la fois dans des comportements de défiance et d’antipolitique, qui nourrissent le populisme, et dans une remise en cause de l’abécédaire de la démocratie représentative, notamment chez les générations les plus jeunes. Ce sous-axe rassemble des recherches théoriques et empiriques dont l’objet est d’identifier et de mesurer les manifestations de cette désaffection au niveau des citoyen·nes, des institutions et des pratiques de gouvernement (montée de l’abstention, crise de la légitimité politique, polarisation, remises en cause de l’État de droit, tendances autoritaires...). Un autre corpus important de travaux concerne les innovations démocratiques susceptibles de redémocratiser nos systèmes politiques, abordées du point de vue de la théorie démocratique et du design institutionnel, ainsi qu’au travers de nombreuses enquêtes et projets de recherche, dont certains à dimension comparative et internationale. L’étude de l’interface entre démocratie participative, directe et délibérative (mini- publics, référendums délibératifs, initiatives populaires, plateformes numériques, tirage au sort...), l’exploration des potentialités de la démocratie électronique, ou encore la question de la capacité de la revitalisation démocratique à constituer un remède au malaise démocratique, sont quelques-unes des orientations de recherche du sous-axe.
Représenter les intérêts sociaux
Une des « fonctions » du système politique est de porter, agréger, donner forme à des intérêts sociaux et de les transformer en intérêts politiques et en actions publiques. Ce travail de représentation politique a longtemps été pris en charge par les partis politiques (et les élites qu’ils produisent) mais aussi par diverses organisations (associations, syndicats). Un processus de désintermédiation est aujourd’hui à l’œuvre, que cherche à interroger ce sous-axe. La désintermédiation politique désigne le processus de transformation des formes de la médiation politique (et donc de la représentation) vers des formes (apparemment) plus directes et immédiates. Les médiations partisanes traditionnelles sont court-circuitées par des organisations ou des mouvements qui surgissent et les déstabilisent en utilisant les réseaux sociaux, les plateformes et des formes à la fois horizontales et verticales de mobilisation. Elle est une composante du phénomène « populiste ». L’analyse de la désintermédiation invite à mener des enquêtes sur l’affaiblissement des partis « traditionnels » mais aussi sur la constitution de nouvelles formes d’intermédiation, qu’il s’agisse de partis politiques (LREM, Renaissance, Horizons...) ou de collectifs sans doute à portée moins globale et plus catégoriels (animalisme, féminismes, antiracisme...). L’analyse du travail de représentation des intérêts sociaux ne saurait par ailleurs négliger des travaux sur la sociologie des élites politiques. Qui sont (socialement) les élu·es et quelles sont leurs activités (analyse du métier) ? Quelles conséquences entraîne la sélectivité sociale de plus en plus forte des élites politiques en termes d’action publique ?
Socialisations, engagements et rapports ordinaires au politique
Cet axe s’intéresse à la diversité des formes de rapports ordinaires au politique tels qu’ils se construisent dans une multiplicité d’espaces et d’univers sociaux (quartiers de résidence, espaces professionnels ou religieux, associations, etc.). Il explore l’imbrication des formes de socialisation primaires et secondaires, les processus de politisation, et la façon dont l’action publique structure le rapport des citoyen·nes à la politique. De la sociologie électorale à celle des autres formes de participation, cet axe interroge comment les inégalités sociales, territoriales, genrées ou ethno-raciales façonnent le rapport au politique. Dans un contexte de défiance envers les institutions et de désintérêt pour la politique instituée comment les formes de politisation et d’engagement se renouvellent-elles ? Quel travail de politisation est mis en œuvre par diverses organisations ou collectifs plus informels pour convertir ces rapports fugaces au politique en engagements plus durables ? Les recherches menées sur ces questions articulent méthodes quantitatives, ethnographiques, entretiens individuels et collectifs, approches socio-historiques.