2. Rapports sociaux inégalitaires : domination, mobilisation, (in)action publique

Responsables : Thomas Douniès, Cécile Rodrigues

Les recherches de cet axe s’intéressent aux rapports sociaux – genre, race, classe, religion, nationalité, handicap, orientation sexuelle, âge, etc. – et s’inscrivent dans les perspectives de sociologie politique et de l’action publique à travers des approches variées, mêlant méthodes qualitatives et quantitatives. Au-delà d’une nécessaire démarche d’objectivation des inégalités et des discriminations qui structurent l’ordre social, les membres de l’axe cherchent à comprendre et expliquer les logiques de leur production et de reproduction, de légitimation et de contestation, à partir d’une lecture en termes de domination et de rapports de pouvoir.

Plusieurs échelles d’analyse sont privilégiées et dialoguent entre elles : celle des structures sociales et des modes de gouvernementalité, qui met l’accent sur les conditions de perpétuation ou de transformation des rapports sociaux à l’aune notamment des évolutions de l’État et de ses agents ; celle des organisations et institutions publiques comme privées, par l’étude de ce que celles-ci font aux hiérarchies symboliques et matérielles qui délimitent et traversent les groupes sociaux ; celle de ces mêmes groupes et des individus qui les composent, à travers l’analyse des processus de socialisation et d’incorporation, et en questionnant la façon dont les rapports sociaux façonnent et sont façonnés par ces processus. L’articulation de ces échelles d’analyse permet de saisir les ressorts des catégorisations et des hiérarchisations qui se déploient dans un ensemble de pratiques sociales ordinaires, comme le travail, le logement, le soin, la religion, le sport, la culture et d’autres encore, et d’envisager les logiques de leur institutionnalisation, de leur encadrement, de leur régulation, de leur investissement ou de leur appropriation par divers acteurs.

Domination : une approche relationnelle des inégalités et de leur production

Au-delà d’une démarche de dénaturalisation des inégalités, les travaux de l’axe mettent l’accent sur la façon dont les rapports sociaux participent de leur production ou reproduction. Fondamentalement ancrées dans une approche relationnelle, ces travaux sont soucieux de rapporter les propriétés sociales dominées aux propriétés sociales dominantes des individus et groupes étudiés. A ce titre, ils accordent une place centrale à la diversité des rapports sociaux et à leurs effets, à leurs contextes de déploiement et aux temporalités qui les structurent.

Ces perspectives nourrissent des travaux sur les transformations organisationnelles, les divisions du travail et les mécanismes d’exploitation participant à l’expansion du capitalisme global ; sur la spatialisation des inégalités, notamment dans le rapport au logement et à l’habitat, qu’il soit urbain, périurbain ou rural ; sur la façon dont la classe, l’identité de genre et la race façonnent et conditionnent l’accès et le recours aux soins ou aux droits sociaux ; tandis que d’autres travaux s’intéressent à des socialisations religieuses minoritaires, éclairant l’incorporation de normes subordonnées dans les rapports de domination et la construction (étatique notamment) de certaines religions comme problème public et les formes d’altérisation croisant assignations raciale et religieuse.

Mobilisations : contestations, résistances, soutien et défense de l’ordre social

Les recherches de l’axe interrogent également l’articulation de l’ordre social à l’ordre politique du point de vue des mobilisations collectives. Elles appréhendent en particulier les pratiques tant contestataires que légitimistes dans leur relation à l’action publique, considérant leur co-construction dans des secteurs et des périodes variés. Cette approche des mobilisations porte sur les résistances et conflictualités – autour de l’ordre productif, de l’habitat, de l’environnement, etc., que ce soit au sein de mouvements collectifs structurés, notamment les organisations syndicales, ou à travers des dissidences informelles ancrées dans des sociabilités minoritaires.

Ces recherches font toute la place aux gouverné·es. Elles analysent leur socialisation politique vis-à-vis des administrations et les effets sociaux de leurs expériences administratives. Elles tentent également de comprendre leur agency et ses incidences dans le rapport aux institutions et politiques locales notamment. Cela amène à interroger la capacité d’agir des gouverné·es pour maintenir des formes d’entre-soi, contourner des dispositifs, en dénoncer les effets ou y adhérer, contester des inégalités ou défendre le statu quo.

(In)action publique : production des savoirs et de l’ignorance

Un dernier fil de recherche porte sur la production et les usages ou non usages des savoirs dans l’action publique. Les recherches menées dans cette perspective appréhendent la pluralité des registres de savoir (savant, profane, religieux, médical, environnemental, etc.) en objectivant leur condition de production et de circulation à l’échelle nationale comme internationale. Elles analysent également comment ces savoirs et les controverses qui les entourent s’articulent au gouvernement des grands enjeux contemporains, de type sanitaire et environnemental.

Il s’agit également de prolonger une sociologie de l’expertise du point de vue de la construction des catégories d’action publique (mixité sociale, ségrégation...), dans un contexte marqué par la structuration étatique récente de dispositifs antidiscriminatoires, mais aussi par des formes persistantes d’euphémisation des inégalités ou de production de l’ignorance. Les controverses scientifiques et politiques autour de la mesure des inégalités, de leurs principes structurants ou encore des modalités et effets des politiques publiques de lutte contre les inégalités sont également centrales dans cet axe.