CITINDUS - La citoyenneté industrielle. Passés et présents des relations entre travail et politique

L’objectif principal du projet, porté par Karel Yon (IDHES), est de rouvrir un chantier de recherche sur la citoyenneté industrielle, en croisant le regard de politistes, d’économistes et de sociologues.
https://citindus.hypotheses.org/

Si des recherches s’intéressent aux capacités d’influence des entreprises auprès des autorités publiques, à la façon dont elles « fabriquent » la politique, il n’existe que peu de travaux sur la façon dont elles fabriquent des citoyens.
Or, l’expérience du travail et le milieu de travail façonnent profondément et durablement les identités, les représentations et les pratiques des acteurs sociaux, à l’intérieur comme à l’extérieur de la sphère économique.
En entendant la citoyenneté industrielle dans un sens volontairement large, comme l’ensemble des pratiques et des dispositifs par lesquels les travailleur.se.s exercent un rapport politiquement actif à leur travail ainsi qu’au territoire dans lequel il s’insère, il s’agit de réfléchir non seulement au processus de délimitation d’une sphère de la citoyenneté économique mais aussi aux interactions entre les citoyennetés économique et politique.

Notre recherche porte à la fois sur l’histoire et l’actualité de cette notion.

Membres du CERAPS impliqué.e.s :
Tristan Haute, Samuel Hayat, Etienne Pénissat, Cécile Rodrigues.
Membres associés du CERAPS
impliqués : Amin Allal, Karel Yon

Co-Polis - Social co-production of the city and citizen science.  A comparative perspective on working class and precarious neighbourhoods in France and in Brazil

Co-Polis est un projet de recherche franco-brésilien financé par l’Agence Nationale de la Recherche et coordonné par Agnès Deboulet (Univ. Paris 8) côté français et Joao Whitaker (Université de Sao Paulo) côté brésilien.

Au croisement de la sociologie urbaine, de la sociologie politique et des sciences participatives, il vise à interroger les modalités de co-production de la ville entre différents acteurs : pouvoirs publics, citoyens, associations, mouvements sociaux, universitaires, entreprises, etc. En particulier, il s’agit de déterminer dans quelle mesure ces formes de gouvernance ou de co-construction de l’action publique – en particulier dans les secteurs du logement, de l’habitat et de l’environnement – peuvent être un vecteur d’inclusion sociale et politique des classes populaires. Une spécificité de ce projet de recherche action est de placer des acteurs de la société civile en position de co-chercheurs, avec les universitaires.

La participation du CERAPS, coordonnée par Julien Talpin, se décline notamment à Roubaix, avec pour terrain la ferme urbaine du quartier du Trichon. Celle-ci constitue une expérimentation environnementale et politique unique : sur le terrain d’une ancienne friche industrielle il s’agit d’organiser un espace d’agriculture urbaine qui soit également un moyen de solidarité collective. Réunissant plusieurs associations (et notamment l’Université Populaire et Citoyenne de Roubaix), un restaurant/tiers-lieu (Baraka), une coopérative d’achat alimentaire local, un repair-café, des fermiers, des agronomes, etc. cette expérimentation invite à penser autrement la fabrique de la ville dans le contexte de l’effondrement climatique.

Un des enjeux de la recherche est de déterminer dans quelle mesure un tel projet peut s’avérer inclusif à l’égard des classes populaires qui habitent majoritairement le quartier ? Plus largement, comment conscientiser et mobiliser les plus précaires aux enjeux de la transition écologique, qui peuvent paraître lointains ? Fin du monde, fin du mois, même combat ? C’est aux conditions sociales de construction pratique de cette convergence que sera consacrée cette recherche. On s’appuiera notamment sur les pratiques de community organizing pour toucher et mobiliser les
plus éloignées de ces préoccupations.

Coord. : Agnès Deboulet
Equipe Ceraps : Julien Talpin
Durée : 2020-2023

Projet DATAWAR
Comment les données façonnent notre vision de la guerre ? L'impact des pratiques scientifiques de l'analyse quantitative des conflits sur les perceptions de la violence politique par les ONG, les institutions politiques et les médias.

Un projet de recherche collaboratif financé par l'Agence nationale de la recherche Français (ANR)

Membres du consortium du projet :
•    Sciences Po Paris / CERI
o    Frédéric Ramel (coordinateur du projet)
o    Ariel Colonomos (coordinateur de work package)
o    Thierry Balzacq
•    École Polytechnique / LinX
o    Thomas Lindemann (coordinateur de work package)
o    Marine Guillaume
•    Sciences Po Lille / CERAPS, Université de Lille
o    Eric Sangar (coordinateur de work package)
o    Sami Makki


Raison d'être du projet :

Comment les représentations de la violence sont-elles influencées par l'« agence des données », c'est-à-dire les pratiques sociales de collecte et d'analyse des données dans les études quantitatives des conflits armés ?
Un grand nombre des interprétations causales des conflits armés ont bénéficié de la vérification empirique par les outils de la recherche quantitative, et ceci bien avant les débats actuels sur les « Big Data ». Les premières grandes bases de données « mesurant » les conflits ont été construites après l’émergence du comportementalisme dans les sciences sociales au cours des années 1960. Depuis lors, les publications mobilisant des grands ensembles de données ont contribué à renforcer et à spécifier de nouvelles propositions théoriques telles que le déclin des conflits interétatiques depuis 1990 ou la thèse de la « paix démocratique ». En outre, institutions politiques, ONG et les médias s’appuient de plus en plus sur les résultats des études quantitatives pour « prédire » les conflits armés et développer leurs positions analytiques et normatives.
Cependant, au sein de la communauté scientifique, la validité des résultats produits par la recherche quantitative positiviste sur les conflits est de plus en plus remise en question. Les critiques visent, entre autres, la fiabilité des données collectées, la qualité des modèles mathématiques utilisés dans l’analyse statistique, et les pratiques de dissémination pratiquées par les grandes revues scientifiques.
Mais comment les résultats de la recherche quantitative sur les conflits influencent-ils réellement les perceptions des praticiens à l'égard des conflits armés ? La littérature en science politique existante analyse principalement les manières dont les chiffres sont instrumentalisés par les gouvernements dans le contrôle les populations et la numérisation du champ de bataille. Par exemple, les données quantitatives en matière de sécurité internationale sont utilisées pour la persuasion, la (dé)politisation et la standardisation. En revanche, des enquêtes approfondies visant la réception des pratiques de la production scientifique, y compris les logiques internes de la collecte des données et de leur analyse et publication, sont largement absentes ce ces recherches existantes.

La principale question de recherche de ce projet est donc la suivante : comment l'« agence » des données quantitatives sur les conflits, comprise ici comme l'ensemble des pratiques scientifiques associées à la génération, au traitement, à l'analyse et à la dissémination scientifique de grands ensembles de données sur les conflits armés, influence-t-elle les représentations et les attentes liées à la guerre dans les médias, les institutions politiques et les ONG ?

DATAWAR réalisera la première étude systématique des pratiques scientifiques dans le domaine des études quantitatives sur les conflits ainsi que leur impact sur les représentations de la guerre par les praticiens, couvrant le cycle de vie complet des données sur les conflits, à commencer par leur collecte et analyse jusqu’à leur réception et interprétation par les journalistes, les représentants d'ONG et les officiels de trois grands pays activement impliqués dans la gestion des crises internationales : la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni.



Le projet explore l'hypothèse selon laquelle la production scientifique dans les études quantitatives de conflit est moins propulsée par l'innovation théorique que par la « politique des données », c'est-à-dire la disponibilité, la réputation et la malléabilité mathématique des observations quantifiées des conflits. En conséquence, nous anticipons que les interprétations des conflits développées par les praticiens sont soumises à des perceptions erronées causées par la nature des données disponibles, par le type de modèles mathématiques utilisés pour analyser et potentiellement « prédire » les conflits, et par le recours trop restreint aux arguments théoriques disponibles.

ELUAR : Les élus et l’argent. Analyses des conditions matérielles d’exercice des mandats électoraux

En France, les rétributions financières des hommes et femmes politiques qu'ils soient élus locaux ou nationaux représentent une dépense de plus d'un milliard d'euros par an. Ces coûts associés au travail politique font régulièrement l'objet de vives critiques sur un registre plus ou moins accusateur. Selon cette opinion, les élus rémunérés coûteraient cher et privilégieraient leurs intérêts financiers personnels.

Cherchant à rompre avec ces représentations communes et globalisantes, le projet ELUAR interroge de manière fine le rôle joué par les rétributions financières dans le processus de professionnalisation des élus. D'un point de vue scientifique, il cherche à combler un manque dans la littérature française relative au travail politique. Bien que depuis les années 1990, les publications se soient multipliées sur ce sujet, l'analyse des conditions matérielles d'exercice des mandats reste un angle mort de la recherche en France.

En s'inscrivant dans une approche interdisciplinaire (sociologie, science politique, histoire, droit), cette recherche collective réintroduit  la dimension financière au centre de l'analyse des carrières et des engagements des personnels politiques élus.
L'hypothèse centrale du projet est de mettre en évidence l'hétérogénéité et l'inégalité des rémunérations des élus et des formes de professionnalisation politique.

Pratiquement, le projet est structuré autour de deux volets.

Le premier porte sur l'étude de la production des réformes et de l'encadrement juridique afin de mettre à jour la construction politique d'une hiérarchisation économique entre les mandats. Qui sont les acteurs investis dans la production des réformes ? Quels sont les registres de justification mobilisés depuis les années 1950 ? Quelle place occupe, en France, le principe du cumul des mandats dans ces jeux ? Quelles sont les possibilités de rémunération et de gratifications matérielles offertes aux élus ? Retrouve-t-on les mêmes logiques de hiérarchisation à l'étranger ?

Le second volet analyse les usages et les appropriations des règles qui encadrent la rémunération des élus. L’attention aux rémunérations et plus largement aux conditions matérielles d'exercice des mandats permettra de saisir la variété des formes contemporaines de la professionnalisation politique, les rapports subjectifs des élus à l'argent et les usages politiques de l'argent. Par quels processus des élus arrivent-ils à abandonner leur profession initiale au profit d'un mandat politique ? Quelles stratégies de sécurisation économique déploient-ils ? Comment concrètement sont attribuées les indemnités et gratifications financières aux élus ? L'argent permet-il de fidéliser des équipes politiques ? Est-il construit comme une arme politique pour disqualifier l'adversaire ? Voilà quelques-unes des interrogations que traitera ce second volet.

Au final, le projet ELUAR cherche à opérer une double rupture. Une rupture par rapport aux discours ordinaires qui tendent à homogénéiser les élus et à apprécier leurs rémunérations sous le registre de la suspicion et une rupture par rapport au point de vue savant qui affleure dans les recherches sur le travail politique selon lequel l'indemnisation fait quasi mécaniquement le professionnel.

ANR dirigée par Didier Demazière (Centre de sociologie des organisations - Sciences po Paris)
                       et Rémy Le Saout (UFR Sociologie - UMR 6025 Centre Nantais de Sociologie)

Chercheurs impliqués au CERAPS/Université de Lille : Rémi Lefebvre et Nathalie Ethuin

GIRAFE
Gestion des Incidents lors de RAssemblements de FoulEs
(ANR FLASH janvier 2020-juin 2021)

Objet du projet : Développement d’algorithmes de détection de comportements anormaux au sein d’une foule et de bagages pour des systèmes de vidéoprotection (fixes et mobiles) en vue des évènements sportifs des JO 2024 à Paris.
Le projet GIRAFE a pour objectif d’assurer la sécurité des personnes lors des JO, les évènements festifs et sportifs impliquant le rassemblent d’un grand nombre de personnes étant susceptibles d’être davantage sujets à des actes terroristes. Les événements observés entreront dans un cadre particulier donnant lieu à des réactions différentes de celles pouvant advenir habituellement sur la voie et dans les lieux publics. Aussi, le projet se veut précis dans l’analyse des lieux à observer : le périmètre sera restreint aux zones liées aux événements. Il se concentrera sur 3 axes principaux : l’analyse des mouvements de foule, la détection de comportements anormaux, et la détection de piétons et de bagages (colis abandonnés) permettant si nécessaire l’identification et le suivi d’un individu suspect jusqu’à son interpellation par les forces de l’ordre. Le projet sera, par conséquent, autant à visé préventive que répressive. Les algorithmes se focaliseront sur la détection et l’analyse de comportements d’individus au sein d’une foule ainsi que sur la détection d’objets.

Problématiques du projet :
-    Détection de comportement anormaux lors d’événements sportifs ou festifs : Le comportement des individus diffère naturellement de la « normal » lors de ces évènements. Certains évènements agitent plus les foules que d’autres ou entrainent davantage de comportements « hors de la normale » (football notamment ou rugby dans une moindre mesure).
-    Algorithmes de reconnaissance facile : les dernières études démontrent la faible fiabilité des systèmes de reconnaissance d’individus. Au point que certains États (État de Californie ou encore au Canada) ont préféré cesser d’utiliser la reconnaissance facile comme technique de lutte contre la criminalité.
-    Amplification du risque d’atteinte à la protection des données à caractère personnel et à la vie privée : la surveillance certaine et permanente de tous les lieux où se dérouleront les JO pourrait avoir des effets tant positifs que négatifs. Un effet positif en ce qu’elle assure un climat de sécurité. Un effet négatif dans le sentiment d’observation en continue.
-    Vulnérabilité des systèmes : l’utilisation en continue de ces systèmes les rend plus vulnérables / plus susceptibles d’être sujet à des cyber attaques ou à des attaques ciblées (destruction de biens publics telle que celle des drones qui seront utilisés).

Porteurs du projet : CERAPS, EVITECH, IDEMIA (chef de projet), LE GREYC, SGDSN.

Laboratoires impliqués :
CERAPS et LE GREYC.

Contribution du CERAPS :
-    Soutien juridique à la réalisation du projet (faisabilité juridique) ;
-    Rédaction à venir de trois livrables (juridiques et sociologique). Un livrable juridique reprenant l’état de l’art de la réglementation ayant trait au projet. Un deuxième livrable juridique effectuant une analyse approfondie de l’acceptabilité juridique par les différents acteurs impliqués. Un livrable sociologique reposant sur l’acceptabilité sociologique par les personnes concernées et les utilisateurs finaux.

MIGRINDOM - Des migrants de l'intérieur. Gestion étatique  et trajectoires collectives des migrants en provenance des Départements d'outre-mer

Projet collaboratif ((2019-2023)
CERAPS (partenaire principal, coordonné par Audrey Célestine),
CERLIS (responsable scientifique Jennifer Bidet),
CURAPP (responsable scientifique Stéphanie Guyon),
IDHES (responsable scientifique Sylvain Pattieu),
LC2S (responsable scientifique Cédric Audebert)

Membres du projet : Amélie Grysole, Marine Haddad,  Anton Perdoncin, Pierre Odin, Nathalie Ethuin

Les « outre-mer » français ont connu d’importants mouvements sociaux dans la dernière décennie (Guyane, Martinique, Guadeloupe, Réunion en 2008-2009, Mayotte en 2016 et 2018, Guyane en 2017).
Ce sont à chaque fois de larges segments de la société qui ont remis en cause le rôle et l’action de l’Etat central dans ces territoires. Ces mobilisations ont surtout contraint l’Etat et les élu.e.s à confronter les besoins et aspirations des domiens et de leurs territoires sur le court et le moyen terme.
Les territoires en question sont en outre confrontés à un certain nombre de défis majeurs : alors que la population guyanaise croît rapidement, la démographie martiniquaise et guadeloupéenne est en berne (vieillissement et baisse de la population). Cette évolution démographique est la conséquence directe de plusieurs décennies de politiques publiques de migration organisée des outre-mer vers la France hexagonale après leur assimilation à la République en 1946 via la départementalisation.

Le projet MIGRINDOM vise ainsi à répondre aux questions suivantes :
- Dans quelle mesure la politique de migration organisée des Français d’outre-mer révèle-t-elle une citoyenneté de second rang ?
- La politique publique de migration organisée a-t-elle nourri et donné forme à des formes particulières de racialisation pour les Domiens ?
- Que révèle cette politique publique et ses  avatars contemporains de la relation entre l’Etat central et les outre-mer ?Avec quelles conséquences pour leur avenir économique et social ?

Une hypothèse centrale de ce projet est que la migration organisée à partir des départements d’outre-mer a constitué un outil central des politiques publiques en outre-mer à la période post-coloniale. De fait, elle est au cœur des politiques publiques dans des domaines aussi variés que la démographie, le travail, la formation, l’éducation, le logement, la famille ou le chômage.

PWACCOP - Postwar agrarian capitalims. A comparative perspective
                      Les capitalismes agraires de l'après-guerre. Une perspective comparative

                      Capitalismes agraires en situation de post-conflit. Une perspective comparée

Résumé du projet
Le projet PWACCOP vise à comprendre la construction et l'impact des politiques foncières rurales dans les situations de post-conflit. Il offre une approche originale de ces contextes qui sont rarement analysés sous l'angle de l'économie politique et des questions foncières. Il se concentre sur le lien croissant entre les politiques de consolidation de la paix et les formes renouvelées d'exploitation des terres et des ressources naturelles, une relation qui est analysée dans le cadre d’un capitalisme agraire d'après-guerre. Celui-ci est lié à l'importance accordée par les professionnels de l'aide internationale au développement économique, mais aussi à l'intérêt croissant des investisseurs mondiaux pour les terres, phénomène illustré, sans y être  limité, par les grandes acquisitions de terres qualifiées « d’accaparement foncier ». Ainsi, le projet PWACCOP évalue les mécanismes de convergence entre la consolidation de la paix et les politiques foncières, ses effets sur la transformation des sociétés agraires et les risques d'exclusion, de troubles sociaux et de nouveaux visages de la violence. Ces objectifs seront abordés par le biais d'une analyse qualitative comparative de la Colombie et de la Côte d'Ivoire.

Porteur du projet :
Jacobo Grajales (CERAPS)

Membres :

•    Marie Saiget (CERAPS)
•    Mathilde Allain (CREDA-IHEAL, Université Paris 3)
•    Romain Le Cour Grandmaison (CESSP, Université Paris 1)
•    Benjamin Lévy (PACTE, Sciences Po Grenoble)
•    Gabin Tarrouth (Université Félix-Houphoët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire)
•    Oscar Toukpo (Université Félix-Houphoët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire)
•    William Renan (Université du Magdalena, Colombie)

S2UCRE
Safety & Security of Urban Crowded Environments
(ANR Franco-allemand septembre 2017-octobre 2020)

Objet du projet : Développement d’algorithmes de détection de comportements anormaux et d’objets en milieu urbain, surveillance et gestion des mouvements de foule par l’intermédiaire de systèmes de vidéoprotection fixes et mobiles (caméras individuelles et drones).
Le projet S2UCRE se concentre sur le milieu urbain dans sa globalité, autrement dit il ne vise pas d’événements particuliers mais tout type d’évènement susceptible de survenir dans un environnement fortement peuplé tel qu’au sein de la ville de Paris. Ce projet entend anticiper les événements (prédiction à court terme du comportement d’une foule). Il repose essentiellement sur un objectif de prévention des évènements, tels que des manifestations à caractère festif ou politique, venant en complément des objectifs de répression, tels que la poursuite de suspects signalés par des personnes présentantes sur les lieux. En outre, le projet consiste également à localiser les agents des équipes de sécurité et de secours ainsi qu’à leur fournir un dispositif (outils) d’échange d’informations géo-localisées.

Problématiques du projet :  
-    Erreurs issues des algorithmes de détection de comportements anormaux et de reconnaissance d’individus : Les algorithmes sont encore en phase de développement pour reconnaitre les différentes expressions d’un corps permettant d’évaluer son comportement et d’évaluer ses - possibles - agissements futurs. De plus, les algorithmes de reconnaissance faciale déjà mis en œuvre démontrent encore de nombreuses faiblesses et manquent de fiabilité pouvant induire des erreurs de résultats ayant pour conséquence de porter atteintes à la liberté individuelle des individus. Enfin, demeure la difficulté de définir ce qu’il faut considérer comme étant un comportement anormal.
-    Risque d’atteinte aux libertés fondamentales des individus : la surveillance croissante de la voie publique engendre des effets sur l’expression des libertés fondamentales. Bien qu’elle offre un sentiment de sécurité aux individus observés ainsi qu’une meilleure gestion des évènements par les services de sécurité publique, elle contribue également au sentiment d’invasion de la vie privée et crée un risque de collecte massive de données à caractère personnel.

Porteurs du projet (partie française) :
CERAPS, DEVERYWARE, IDEMIA (chef de projet), IT LINK, PPP, Université Paris Sud.

Laboratoires impliqués : CERAPS et Université Paris Sud

Contribution du CERAPS :
-    Soutien juridique à la réalisation du projet (faisabilité juridique) ;
-    Rédaction de trois livrables (juridiques et sociologique). Un livrable juridique reprenant l’état de l’art de la réglementation ayant trait au projet. Un deuxième livrable juridique effectuant une analyse approfondie de l’acceptabilité juridique par les différents acteurs impliqués. Un livrable sociologique reposant sur l’acceptabilité sociologique par les personnes concernées et les utilisateurs finaux.

THEOVAIL / WORKORY
"La théorie politique au travail. Reconceptualiser l'exploitation, la démocratie et la justice à travers les écrits réflexifs de travailleurs et de travailleuses (THEOVAIL) / Workplace political theory. Reconceptualising exploitation, democracy and justice through workers’ reflexive writings (WORKORY)

Ce projet, financé par l'I-SITE ULNE et par l'ANR et animé par Samuel Hayat, vise à réexaminer des questions fondamentales de théorie politique en s’appuyant sur les écrits de travailleurs et de travailleuses, des débuts du capitalisme jusqu’à l’ère numérique. Au cours de l’histoire, dans des situations de réflexivité induites par les transformations du capitalisme et l’extension de la classe ouvrière, les travailleurs et les travailleuses ont écrit des textes dans lesquels ils réfléchissent à leur expérience de travail, leurs tentatives d’association et de revendications de droits. Ces textes forment le continent souterrain de la théorie politique au travail. Par leur point de vue spécifique, les travailleurs peuvent éclairer les concepts d’exploitation, de démocratie et de justice, et nous renseigner sur les conditions sociales de l’activité théorique. En cela ce projet s'inscrit pleinement dans l'axe de recherche "Représenter les intérêts sociaux" du CERAPS, qui inclut notamment un sous-axe sur la "circulation et l'appropriation des idées politiques". En inversant la démarche habituelle centrée sur la circulation des mondes savants ou militants vers le reste du monde social, ce projet entend importer des concepts et des problématiques du monde du travail vers le monde savant.

Pour explorer cette histoire intellectuelle du capitalisme par en bas, l’équipe de recherche interdisciplinaire se concentre sur quatre périodes historiques, explorant à chaque fois un cas français et un cas international. Au printemps 2020, cette équipe est composée des politistes Eve Gianoncelli, Guillaume Gourgues, Samuel Hayat et Sidonie Verhaeghe, des historiennes Caroline Fayolle et Eliane Leport, du sociologue Guillaume Lecoeur et des philosophes Alexis Cukier et Jérémy Ollivier, ainsi que de l'étudiante de master Salomé Bouché comme stagiaire."

EXFILES
Extract Forensic Information for LEAs from Encrypted SmartPhones
(H2020 juillet 2020-juillet 2023)

Objet du projet : Développement de méthodes de déchiffrement de smartphone à destination des forces de l’ordre.
Le projet EXFILES a pour objectif d’assister les forces de l’ordre dans la lutte contre la criminalité et le terrorisme. Il s’agit notamment de prévenir les actes de terrorisme mais aussi d’appréhender les personnes impliquées dans des actes à caractère pédopornographique. Le projet entend développer des méthodes techniques d’extraction de données chiffrées de smartphones dans le respect de la réglementation européenne (et nationale de chaque pays impliqué dans le projet) ainsi que des principes éthiques. L’objectif final du projet est de fournir aux forces de l’ordre un outil leur permettant d’extraire des données chiffrées qui pourront faire l’objet de preuve dans le cadre d’un procès pénal.

Problématiques du projet :

-    Incidence de l’extraction de données chiffrées issues de smartphones sur les droits et libertés fondamentaux notamment en termes d’atteinte au droit à la vie privée.
-    Problème d’acceptabilité de l’extraction des données chiffrées de smartphones par les individus mais aussi par les concepteurs de ces smartphones.
-    Problème de recevabilité des données chiffrées extraites en qualité de preuve dans le cadre d’un procès pénal quant aux méthodes d’extraction employées.
-    Risque sur les données chiffrées extraites. Celles-ci devront faire l’objet d’une protection minutieuse afin de ne pas porter atteinte à leur intégrité (modification, perte, destruction) et de les protéger au mieux contre les cyber-attaques.  

Porteurs du projet :
BKA, CEA, CERAPS, CNI, CSIC, CYBER INTELLIGENCE, IRCGN, NCIS, NFI, RHUL, RISCURE, SGDSN. SYNAKTIV, TECHNIKON, TEXPLAINED.

Laboratoires impliqués :
CERAPS et RHUL.

Contribution du CERAPS :

-    Rédaction à venir de trois livrables juridiques : un livrable juridique comprenant un état de l’art de la réglementation nationale et européenne concernant les techniques de chiffrement et les droits fondamentaux ainsi qu’une étude d’acceptabilité juridique. Un deuxième livrable technico-juridique effectuant une étude des règles procédurales en matière de méthode d’extraction des données. Enfin, un livrable éthico-juridique effectuant, en collaboration avec les partenaires éthiques, la synthèse des règles et recommandations applicables (guide d’utilisation) ;
-    Participation à des conférences (dissémination du projet).

COOPOL - Capacité d’appui aux Opérations de secOurs et POLice
(FUI novembre 2016-avril 2020 – prolongé pour les démos)

 Objet du projet : Conception de drones équipés de caméras et d’algorithmes de détection de comportements anormaux à destination des forces de l’ordre et des services de secours.

Le projet COOPOL repose sur la conception de drones destinés à évoluer en milieu urbain. Il comporte deux types de drones de tailles différentes :
-    un drone d’extérieur pour observer les évènements sur la voie publique lors de grands rassemblements, à des fins de lutte contre les incendies ou encore de lutte contre les infractions, et
-    un drone d’intérieur destiné à évaluer la situation à l’intérieur d’un bâtiment en flamme ou dans le cadre d’une enquête judiciaire.
Les drones sont équipés de différents capteurs de données à caractère personnel et non personnels. Ils permettront notamment de réduire les risques pour l’intégrité physique des agents qu’ils s’agisse des pompiers dans le cadre d’un incendie mais aussi des agents des forces de l’ordre en cas d’émeute.

Problématiques du projet :
-    Risque pour l’intégrité physique des personnes : il est possible qu’il y est une perte de contrôle du drone entrainant leur chute sur des personnes au sol. Survient un problème de responsabilité juridique qu’il s’agisse du drone ou des algorithmes dont il est équipé.  
-    Algorithmes de détection de comportements anormaux : les algorithmes, de reconnaissance faciale notamment, manquent encore de fiabilité. Les données utilisées sont encore trop peu diversifiées entrainant un risque de discrimination et plus globalement des risques pour les libertés fondamentales des individus. Une autre difficulté est celle de définir ce qu’il faut considérer comme étant un comportement anormal.
-    Risque d’atteinte aux droits des individus (notamment à la protection des données à caractère personnel et à la vie privée) : la surveillance occasionnelle et discrète de la voie publique suscite des avis tant positifs que négatifs. Elle permet de créer un effet de sécurité pour les individus observés mais en contre-partie elle contribue à un sentiment d’observation, certes discontinu, mais envahissant du fait des facilités de dissimulation.
-    Sécurité des drones et des données : les drones ainsi que les données transmises peuvent faire l’objet d’un piratage (ex : prise de contrôle du drone) ou d’une cyber-attaque (ex: données interceptées, modifiées, détruites, etc).

Porteurs du projet : BSPP, CEA, CERAPS, EKTACOM, EURECOM, GEOCONCEPT, IFSTTAR, PPP, THALÈS (chef de projet)

Laboratoires impliqués :
CEA, CERAPS, EURECOM et IFSTTAR.

Contribution du CERAPS :

-    Soutien juridique à la réalisation du projet (faisabilité juridique) ;
-    Rédaction de trois livrables (juridiques et sociologique) : un livrable juridique détaillant l’état de l’art de la réglementation ayant trait au projet. Un livrable socio-juridique en 2 parties effectuant une analyse de l’acceptabilité juridique, d’une part, et une analyse de l’acceptabilité sociologique incluant les retours des personnes concernées (entretiens avec les utilisateurs finaux, avec des personnes issues de différents milieux, etc), d’autre part. Un livrable technico-juridique effectuant, en collaboration avec les partenaires techniques, la synthèse des règles et recommandations applicables (guide d’utilisation) ;
-    Participation à des conférences (dissémination du projet).

Lien vers le site internet
: http://coopol.eurecom.fr/fr 

Le projet DP4R- DATA4RESEARCH

Le projet DP4R a pour objet l'organisation d'un cycle de séminaires sur l'application de la réglementation relative à la protection des données à caractère personnel (DACP) dans le cadre de la recherche scientifique associant des partenaires en provenance de différentes disciplines (droit, science politique, informatique et santé) et de deux pays (France et Canada) via le laboratoire international associé (LIA) PRINciPE.

De par l’entrée en application du règlement européen sur la protection des données (RGPD), les obligations incombant aux responsables de traitement se sont vues considérablement renforcées. De façon concomitante, les sanctions en cas d’infraction à la réglementation sur les DCP ont été alourdies en conséquence, pouvant désormais atteindre 20 millions d’euros pour une structure publique. Dans ce contexte de vigilance accrue, les traitements à des fins de recherche scientifique n'échappent bien évidemment pas au champ d'application de la réglementation. De plus, ces traitements peuvent, à des degrés variés, se retrouver particulièrement exposés aux aléas découlant du traitement de données personnelles. En effet, les recherches à des fins scientifiques procèdent à une utilisation toujours plus intensive de DACP, notamment sensibles (données sur les opinion et comportements politiques, données de santé,…). Si l'accès croissant à ces données constitue une opportunité, leur traitement constitue aussi un vecteur de risques pour les personnes concernées comme pour les chercheurs et les responsables de traitement. La bonne conduite des recherches nécessite donc la parfaite conformité des traitements pour protéger enquêtés et enquêteurs, ici entendu au sens large.

Toutefois, la mise en œuvre du cadre juridique applicable n'est pas toujours chose aisée. La réglementation établit avant tout un cadre général dont il faut trouver la traduction concrète pour chaque traitement. Cette difficulté se trouve renforcée dans le cas de recherches scientifiques et ce, de par leur très grande diversité. Ainsi, dans les faits, leur mise en conformité ne peut se réduire à l’application de simples procédures d’ordre général, établies une fois pour toutes, et ce, indifféremment aux spécificités des traitements considérés. Or, les spécifications nécessaires manquent encore trop souvent à l’appel et cet état de fait peut placer les chercheurs et leurs établissements de tutelle dans une situation d’insécurité juridique. L’incertitude peut aussi se trouver renforcée dans le cas de recherches internationales réalisées dans plusieurs pays ou impliquant des responsables de traitements installés dans des pays différents. Se pose alors la question de la nature de la (des) réglementation(s) à appliquer.

Le projet DP4R se propose donc d'associer juristes, acteurs de la protection des données et chercheurs issus de différentes disciplines. En premier lieu, il s'agira d'appréhender les problématiques propres à chaque discipline en matière de protection des données et d'entamer l'identification de cas pratiques pertinents pouvant servir ultérieurement d'exemples dans la mise en conformité des traitements. Il s'agira aussi de s'intéresser à des questions d'ordre plus général telles que la traduction dans les faits des dispositions spécifiques aux traitements à des fins de recherche, l'utilisation des données collectées à d'autres fins ou encore la question de l'établissement de la proportionnalité et de la pertinence des traitements au regard de leur finalité et des spécificités des traitements dans le domaine de la recherche. De façon concomitante, le séminaire s'attachera aussi à l'identification des risques effectifs spécifiques aux recherches pour les personnes et les chercheurs dans une perspective de protection dès la conception.

Porteurs du projet
 : Marcel Moritz (Ceraps – Université de Lille), Thomas Soubiran (Ceraps – Université de Lille)

FIRE - Fertilize Innovation in Responsible Education

La communication scientifique développe la compréhension  et la valorisation des résultats de la recherche par le public, et initie le dialogue science-société.
La définition de la question de recherche ainsi que l’évaluation des résultats se fait en collaboration étroite entre citoyens et chercheurs ce qui favorise une meilleure appropriation des résultats de la recherche par la société. La communication scientifique est un aspect important des sciences citoyennes, et favorise la démocratisation de la science et l’implication du public. Les citoyens pourront ainsi contribuer à la définition de la méthode de recherche, et la collecte et l’analyse des données, et/ ou communiquer les résultats.

L’habituelle « communication a sens unique » a montré ses limites, alors que la co création et le dialogue constituent des innovations prometteuses. Une formation innovante du personnel académique et des procédures et outils pertinents sont des objectifs importants du projet. Le projet Fire ! est basé sur diverses expériences de médiation scientifique, actif dans différents contextes et avec des temporalités variées, le projet développera des outils et des méthodes adaptés à la recherche participative et destinés à des professionnels.  Kubus Berlin existe depuis 1983, la boutique de science de Lille depuis 2013, L’institut pour des solutions environnementales depuis 2008 et la Boutique de science de Poznan débute. Ces différences d’expérience enrichira la démarche et favorisera l’apprentissage mutuel et les échanges.

Le projet s’appuiera sur la traduction et le transfert de connaissances et compétences à travers des ateliers de 3 jours organisés par chacun des partenaires. Chaque hôte présentera ses activités et partenaires, dans la cadre d’une thématique précise en lien avec la recherche participative et la communication scientifique. Les résultats et les outils ainsi constitués seront diffusés à travers des réseaux nationaux et internationaux. Le projet cible les membres des partenaires dans un premier temps puis les citoyens et organisations de la société civile qui bénéficieront de formations, d’ateliers et d’évènements internationaux. Les partenaires diffuseront les résultats et prépareront un nouveau projet en réponse à un appel à projet européen de type « réseau » (Cost action).


Porteurs du projet : Martine Legris (CERAPS/ Univresité de Lille), Bertrand Bocquet (membre associé au ceraps)
Coordinateur du projet : Frank Becker de la Technische Universitat de Berlin.
Participants : Joanna Morawska-Jancelewicz (Université de Poznan), Baiba Prüse (Environmental Institute de Cesis) et autres membres des équipes citées

GIP JUSTICE 2018-2020
L'émergence de la « justice prédictive ». Étude des effets et des réappropriations par les professionnels de la justice d'un dispositif numérique inédit.

Le concept de « justice prédictive » s'est récemment développé chez les professionnels du droit et en particulier parmi les avocats. La notion, dont la définition constitue en elle-même un enjeu de lutte, désigne potentiellement l'ensemble des instruments d'analyse numériques s’appuyant sur la quantification des décisions des juridictions. Encore balbutiante, méconnue et peu expérimentée, la justice prédictive pose la question des représentations dont elle fait l’objet et de ses effets potentiels. L'objet de cette recherche pluridisciplinaire associant sociologie, droit et informatique est précisément d'analyser les effets potentiels du développement de tels outils en essayant de comprendre les enjeux qui entourent tel ou tel usage de ces nouvelles technologies.

Porteur du projet : Marcel Moritz (Ceraps-Université de Lille) en collaboration avec Thomas Léonard (Chercheur en sociologie à l'Ecole Nationale de Protection Judiciaire de la Jeunesse - Ceraps - Université de Lille)

INFLUBIO - Infrastructures Fluviales et biodiversité aquatique - le cas du Canal Seine Nord face à ses biodiversités

Le projet se propose d’étudier les dispositifs de gestion de la biodiversité dans le cadre de la transformation et de la maintenance des infrastructures fluviales du Canal Seine-Nord dans un contexte de fortes perturbations écologiques. Il s’agit d’analyser d’une part les enjeux liés au développement économique via l’aménagement des infrastructures fluviales du canal Seine-Nord et d’autre part les enjeux locaux d’aménagement du territoire (schéma régional de cohérence écologique, gestion transfrontalière de la biodiversité), de controverses en matière de gestion de la biodiversité (renaturation, restauration, espèces envahissantes, etc.) et d’usages sociaux et économiques de la biodiversité. Cela permettra de saisir les conciliations et les difficultés pour gérer la biodiversité présente sur le canal, en intégrant la diversité des échelles de pouvoir (européen, national, régional, etc.), d’acteurs et d’usages du canal, que ça soit autour des canaux (dimension patrimoniale, commerciale et touristique), au niveau régional et transfrontalier.

Cette analyse offrira la possibilité d’étudier les représentations et les motivations des acteurs concernés, qu’ils soient privés (opérateurs de transports, entreprises et usines, associations de riverains, fédérations de pêche, cabinets d’étude environnementale, etc.) ou publics (collectivités, Agence de l’eau, etc.) et de saisir les controverses politiques et écologiques autour du projet du Canal. À cette analyse s’ajoutera une phase prospective des conditions politiques et éthiques (dans le sens des éthiques environnementales) nécessaires pour une gestion dynamique de la biodiversité, qui intègre l’ensemble des contraintes sociales, politiques et écologiques liées aux différents acteurs du territoire. Ce projet a ainsi pour ambition de fournir des clés de compréhension pour une gestion de la biodiversité dans le cadre d’aménagement d’infrastructures fluviales et dans un contexte de crise de biodiversité.

Site internet : http://www.ittecop.fr/recherches-2017/projets-de-recherche/influbio.html

Responsable scientifique du projet : Gabrielle BOULEAU, IRSTEA
Coordinateur-rice-s du projet : Clémence GUIMONT,  CERAPS  et Rémy PETITIMBERT, CERAPS
Responsable administratif pour le CERAPS et de la Tâche 1 : étude bibliographique et état de l’art sur les voies fluviales et sur la biodiversité, Magali DREYFUS, CERAPS

LOVE / LEAVE - « La France tu l’aimes mais tu la quittes » : ethnographie de musulmans français installés dans des pays européens proches (Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas, Allemagne).

Depuis la première controverse autour du « voile islamique » dans un collège de Creil (1989), de nombreux musulmans français se sont sentis pointés du doigt . Selon une idée désormais profondément enracinée, leur présence sur le sol français constituerait un défi à la laïcité française, de plus en plus comprise au sens d’interdiction du port de signes religieux dans l’espace public.

Malgré le ressentiment racial inhérent à la campagne référendaire du Brexit, et même si de jeunes musulmans français ont tendance à idéaliser un multiculturalisme britannique souvent réifié , c’est un fait que des milliers de musulmans français se sont installés outre-Manche. Ce n’est pas seulement un marché du travail plus dynamique qui les attire, mais bien la possibilité offerte de vivre leur foi et leur identité musulmane avec plus de sérénité. Cette installation plus ou moins massive peut s’appréhender comme un brain-drain (ou conscience drain) d’un type particulier, qui demeure très largement inexploré à ce jour.

Le projet présenté ici souhaite également s’intéresser aux itinéraires individuels et collectifs de musulmans français installés en Belgique, aux Pays-Bas (souvent d’origine marocaine (Rif) dans les deux pays) et dans une moindre mesure en Allemagne (d’origine turque).

Une des questions centrales est ici celle des crispations républicaines autour de la laïcité et la manière dont celles-ci ont conduit un certain nombre de citoyens français de confession musulmane à ce qui peut apparaître comme un « double exil » : exil des parents d’abord qui durent quitter l’Afrique du Nord, exil des enfants ou petits-enfants enfin, qui se trouvent en butte aux discriminations et à l’injonction de s’intégrer comprise au sens de s’assimiler.

L’hypothèse de départ de ce projet est que, selon ces personnes, le sentiment anti-musulman est plus fort en France que dans les pays limitrophes, malgré une globalisation de l’hostilité à l’islam qui repose sur des éléments de politique étrangère et de relations internationales globaux par nature. Le plus souvent enfants de France déçus du discours intégrationniste républicain, ces personnes ont fait le choix radical d’un nouveau départ dans un pays nouveau pour eux, malgré, parfois, l’existence de liens familiaux ou d’amitié préalables. Ce choix peut se comprendre à l’aune de la triade classique d’Albert Hirschmann (exit, voice, loyalty) . Certains, lassés des mobilisations passées qui sont cooptées ou demeurent infructueuses (voice), et conscients qu’adhérer à l’assimilation républicaine (loyalty) n’est pas une garantie absolue d’intégration mettant fin à l’altérisation de tout ou partie d’un groupe, décident alors de s’installer ailleurs (exit), regrettant que la France ne leur garantit une égalité dans la différence et un droit revendiqué à l’indifférence .      

Les entretiens semi-directifs envisagés avec une centaine de personnes dans les pays sélectionnés seront combinés avec l’analyse de mises en récit numériques (blogs, réseaux sociaux) de ces expériences.

L’ensemble devrait permettre d’affiner les problématiques suivantes : 1/ quelle est la part prise par les enjeux identitaires par rapport aux enjeux professionnels (i. e. pouvoir être « musulman visible » dans l’espace public vs. profiter d’un marché du travail dynamique ? ; 2/ Dans quelle mesure est-ce que les deux enjeux se juxtaposent (discrimination religieuse) ? ; 3/ Qu’en est-il des enjeux de genre (femmes qui portent un voile) ? ; 4/ Qu’apprend-t-on sur les origines de classe de ces Français musulmans ? La proximité géographique des pays choisis ne permet-elle pas aux moins « établis » de tenter leur chance ailleurs, quand cet « ailleurs » est à côté ? ; 5/ Dans quelle mesure est-ce que cette immigration limitrophe permet de demeurer « Français en pointillés », en conservant des liens avec la France ?

Quelles que soient les enseignements tirés sur la base des entretiens conduits par les membres de l’équipe, cette immigration presque inexplorée à ce jour dresse inévitablement les contours de ce que l’on peut appeler une citoyenneté européenne minoritaire et post-industrielle , qui peut s’envisager à l’aune d’autres citoyennetés européennes minoritaires ayant émergé depuis la fin de la guerre froide. Celle-ci est également à appréhender comme une normalité musulmane européenne,  corollaire ethno-religieux des mouvements de populations intra-européens devenus banals au sein de l’UE.

Le projet doit déboucher sur la rédaction de plusieurs articles dans des revues de science sociale de premier plan en matière d’étude de l’ethnicité et de l’immigration, tels que Journal of Ethnic and Racial Studies ou Patterns of Prejudice, ou dans une revue européenne plus générale (Journal of European Studies). Il est également prévu, grâce à un accord avec Médiapart, de diffuser auprès d’un plus large public les découvertes principales faites dans le cadre du projet.

  Equipe : Olivier Esteves (PU / P.I., CERAPS 8026) ;
  Philippe Vervaecke (PU, CECILLE EA 4074) ;  
  Emilie Da Lage (MCF, GERIICO EA 4073) ;
  Sarah Mazouz (CR CNRS, CERAPS UMR 8026) ;
  Kenza Talmat (néo-doctorante, Master Sciences-Po Paris).

  Voir Olivier Esteves, “A historical perspective: Secularism, ‘White Backlash’ and Islamophobia in France”, in Irene Zempi, Imran Awan (eds.), Routledge International Handbook of Islamophobia, Abingdon : Routledge, 2019, p. 99-109.
  Voir Commission National Consultative des Droits de l’Homme, La Lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, Paris : La Documentation française, 2015, p. 39-40, p. 229-234.
  Voir Alice Picard, « Gouvernement de la visibilité religieuse et reconfiguration des frontières symboliques. La gouvernance municipale de l'islam à travers 4 cas d'étude franco-britannique », thèse de sciences politiques soutenue en 2019 sous la direction d’Erik Neveu, IEP de Rennes, p. 483-4.
  Voir également Barrington Moore, Injustice : The Social Basis of Obedience and Revolt, New York : Random House, 1978, p. 125.
  Mayanthi Fernando, The Republic Unsettled : Muslim French and the Contradictions of Secularism, Durham (N.C.) : Duke University Press, 2014.
  Cette citoyenneté est esquissée dans Paul Silverstein, ‘Moroccan coalminers, ethno-religious revivalism and the fate of cosmopolitan Europe’, séminaire international du CERAPS (UMR 8026), 18.10.2017.
  Voir Nilüfer Göle, Musulmans au quotidien : une enquête européenne sur les controverses autour de l’islam, Paris : La Découverte, 2015.

L’orphelinage, une cause inaudible ? Catégorisations et mobilisations autour des enfants orphelins en France

Depuis 2009, une série d’enquêtes a alerté sur la situation vécue par les orphelins et ses répercussions sociales. L’enjeu, pourtant, peine à mobiliser la société et les responsables publics. Des facteurs d’ordre psychosociaux (peur de la mort, discrétion des enfants endeuillés…) sont généralement mis en avant pour expliquer « l’invisibilité des orphelins ». La science politique peut apporter un regard décalé sur cette question. Par l’attention qu’elle porte aux inerties historiques, aux contraintes sociales et aux rapports de force investis dans toute entreprise collective, elle peut aider à comprendre la difficulté à mobiliser autour de la cause de « l’orphelinage » et à porter cette catégorie dans le champ de l’action publique.

Pourquoi le problème de « l’orphelinage »
(le néologisme inventé par la Fondation OCIRP mérite d’être interrogé) est-il si difficile à faire émerger en France ? Poser la question, c’est présumer que le processus n’est pas qu’une question de temps et que la difficulté à faire reconnaître ce problème ne tient pas à ses propriétés intrinsèques (prégnance démographique, thématique anxiogène, etc.). Pour y répondre, un dispositif à triple entrée a été mis en œuvre : 

1. Une enquête sociohistorique retraçant la prise en charge des orphelins par l’Etat et le secteur philanthropique, traditionnellement très présent. L’objectif est de comprendre ce qui peut faire obstacle à la réception du problème : des cultures institutionnelles, des routines professionnelles, des représentations collectives. Ce détour historique est un garde-fou contre une forme de myopie militante consistant à croire que tout se joue ici et maintenant, dans la pertinence des arguments scientifiques et la mise en visibilité d’une urgence.

2. Une cartographie des réseaux engagés dans la construction du problème de « l’orphelinage ».
Il s’agit de comprendre comment fonctionnent ces réseaux en formation, en particulier les relations qui lient les acteurs philanthropiques et politico-administratifs, les représentations, les positions, les motivations des acteurs et les rhétoriques justifiant les abstentions.

3. Une micro-sociologie militante. Comprendre la faible diffusion de la cause des orphelins suppose enfin de comprendre pourquoi les orphelins et les parents veufs sont si peu mobilisés. A l’évidence, les dispositions sociales et genrées sont ici décisives (70% des orphelins sont fils d’ouvriers et, dans 80% des cas, le parent survivant est une femme). Mais nous enquêterons également sur les dynamiques associatives et la construction institutionnelle des identités collectives. L’hypothèse est ici que le niveau et les formes d’engagement des orphelins et parents veufs s’explique en partie par leur rapport aux institutions. L’intériorisation des catégories d’action publique (« famille monoparentale ») et des logiques de la politique familiale (avec des prestations liées, non à l’orphelinage ou au veuvage, mais à la perte de revenus et à l’isolement parental) peut-elle expliquer la difficulté à s’approprier l’identité « d’orphelin » ? De même, la confrontations aux institutions, et pour beaucoup de mères l’expérience de violences institutionnelles, n’est sans doute pas sans lien avec la difficulté à se reconnaître dans une cause, « l’orphelinage », portée par de grands acteurs philanthropiques assimilés par les bénéficiaires aux organismes publics de protection sociale.

En soutenant ce travail réflexif sur sa propre activité, la Fondation OCIRP pour les orphelins entend mieux comprendre la configuration d’action dans laquelle elle intervient, les difficultés rencontrées et les conditions d’une intervention publique intégrant les attentes et les représentations des personnes touchées par la perte d’un parent dans l’enfance.

Responsable scientifique porteur du projet : Julien Talpin (CERAPS)
Chercheur.se.s en charge du projet : Nagisa Mitsushima (CERAPS) et Patrick Bruneteaux (CESSP)

Dans le cadre du Programme d'investissement d'Avenir (PIA) "Projets innovants pour la jeunesse", un projet intitulé "Investir dans les jeunesses de la Métropole Européenne de Lille"

Dans le cadre du Programme d'investissement d'Avenir (PIA) "Projets innovants pour la jeunesse", un projet intitulé "Investir dans les jeunesses de la Métropole Européenne de Lille" est co-financé par l'Agence Nationale de Renouvellement Urbain (ANRU) et la Métropole Européenne de Lille (MEL). Ce projet, démarré en 2017 et financé pour 4 ans, vise officiellement à promouvoir une meilleure intégration intercommunale de l'action publique territorialisée menée en faveur de la jeunesse.

Le CERAPS est associé à deux autres laboratoires de l'Université de Lille (Territoires, Villes, Environnement et Société – TVES - et le Groupe d'Etudes et de Recherche Interdisciplinaire en Information et COmmunication – GERiiCO), pour en assurer l'accompagnement scientifique, sous la coordination de Damien Boone.

Le projet se structure autour de quatre axes
(emploi, mobilités, engagement et pratiques numériques), qui se déclinent en une série d'actions portées par une pluralité d'acteurs (communes, associations, missions locales...). L'analyse se situe ainsi à l'échelle des actions mais aussi, dans une logique transversale, à l'échelle du territoire métropolitain.

Le CERAPS, qui associe ses étudiants de science politique dans le cadre de mémoires de master 1 et de stages, est particulièrement mobilisé sur l'axe « engagement » et les problématiques relatives aux dispositifs labellisés « citoyenneté » (services civiques, KAPS, aides au permis de conduire, université populaire et permanente de la jeunesse). Les questions de recherche soulevées portent à la fois sur les conceptions de la « citoyenneté » mobilisées, sur les modalités d'engagement des jeunes dans ces dispositif et sur leurs effets, tant pour la MEL, les communes ou les acteurs porteurs d'actions, que pour les jeunes ciblés.

 

 

QUALIEUROPE - Lifestyles, quality of life and inequality in Europe

Alors que la question des inégalités est au cœur des tensions et des conflits politiques de l'Union Européenne, il existe peu de travaux pour les décrire entre européen.ne.s.

L'enjeu du projet QUALIEUROPE (financement MESHS et ISITE-ULNE) est d'étudier les ouvriers, les agriculteurs ou les cadres supérieurs sur un même niveau d'observation dans toute l'Europe, en se focalisant sur les inégalités de condition de vie  et de travail.

Pour cela, le projet mobilise en premier lieu les grandes enquêtes statistiques européennes (LFS, EU-SILC, EWCS, ESS) qui permettent une analyse détaillée des inégalités de qualité de vie et de travail en Europe. Il s'appuie également sur des recherches monographiques.
Ces inégalités sont abordées de manière multidimensionnelle. En effet, si jusqu'à présent, de nombreux travaux ont étudié ces rapport de domination sous l'angle des inégalités de richesse, le projet vise à élargir cette notion en incluant la participation culturelle, associative et politique ; la connaissance des nouvelles technologies et des langues étrangères ; l'accès à la santé ; l'accès à l'environnement ; le confort résidentiel ; l'accès aux services et équipements publics ainsi que la qualité du travail (conciliation de la vie professionnelle et familiale, autonomie et santé au travail).

Le projet est composé d'équipes de recherche dans dix pays européens.